Verre & cristal en Lorraine

Baccarat, deux siècles et demi de verre et de cristal au bord de la Meurthe

Verre & cristal en Lorraine · Publié le 2026-10-27

Salle du musée de la cristallerie de Baccarat : une table et une grande pièce de cristal taillé posées devant un mur clair, encadrées de candélabres en cristal
Le musée de la cristallerie à Baccarat (Meurthe-et-Moselle). Photographie de Havang(nl), CC0.

Baccarat est d'abord une petite ville de Meurthe-et-Moselle, sur la Meurthe, entre Lunéville et Saint-Dié. Son nom est devenu, dans le monde entier, celui d'un cristal. Entre les deux, il y a plus de deux siècles et demi d'histoire industrielle, que l'on peut retracer à partir de sources concordantes, en signalant les points où elles divergent.

1764 : une verrerie pour employer les bras et le bois

Les récits de l'origine de la manufacture concordent sur l'essentiel. En 1764, l'évêque de Metz, Louis-Joseph de Montmorency-Laval, obtient du roi Louis XV l'autorisation d'établir une verrerie à Baccarat, dans une région riche en bois, combustible indispensable aux fours, et où l'on cherchait à employer une main-d'œuvre locale. Plusieurs sources datent l'autorisation royale du 16 octobre 1764 et nomment l'établissement « verrerie Sainte-Anne ». Elle fabrique alors du verre à vitre et des verres de table, sous la direction d'un entrepreneur dont le nom varie selon les auteurs.

Un point de prudence : certains articles grand public attribuent l'autorisation à Louis XIV, ce qui est chronologiquement impossible, le roi étant mort en 1715. Les dates de vie de l'évêque varient elles aussi d'une source à l'autre. Nous nous en tenons à ce qui est commun à toutes : 1764, Louis XV, l'évêque de Metz.

1816 : de la verrerie à la cristallerie

Les guerres de la Révolution et de l'Empire perturbent l'activité. En 1816, l'établissement est racheté par Aimé-Gabriel d'Artigues, un fabricant qui possédait déjà une cristallerie à Vonêche, dans l'actuelle Belgique. Les frontières redessinées après 1815 placent Vonêche hors de France ; d'Artigues transfère sa production à Baccarat, qui devient une cristallerie. Une source date le rachat de 1817 ; la majorité retient 1816.

Viennent ensuite la constitution d'une société, la Compagnie des Cristalleries de Baccarat, au début des années 1820, et les premières commandes royales : plusieurs sources mentionnent une commande de Louis XVIII en 1823. La manufacture s'impose au XIXe siècle dans les expositions universelles. Une photographie de l'Exposition universelle de 1878, conservée au Rijksmuseum, montre ainsi les pièces de Baccarat exposées à Paris cette année-là.

Ce que l'on appelle « cristal » à l'époque est un verre au plomb, plus lourd, plus brillant et plus facile à tailler que le verre ordinaire. Le mot a aujourd'hui un sens réglementé : nous l'expliquons dans notre article sur la différence entre cristal, cristallin et verre.

Une ville façonnée par la manufacture

Comme beaucoup de villes industrielles lorraines, Baccarat a grandi autour de son usine : logements ouvriers, écoles, services. La ville a aussi payé un lourd tribut aux guerres. Pendant la Première Guerre mondiale, elle se trouve près de la ligne de front, et les cartes postales de l'époque montrent des quartiers détruits. En 1944, l'église est détruite par un bombardement.

La reconstruction a laissé un monument singulier : l'église Saint-Rémy, construite entre 1955 et 1957 par l'architecte Nicolas Kazis, avec un architecte local. Ses murs sont faits de claustras en béton garnis de dalles de cristal colorées, produites par la cristallerie, et son clocher triangulaire domine la ville. L'église est classée monument historique depuis 2013. Les nombres de dalles et de teintes avancés par les sites touristiques divergent fortement ; nous ne les reprenons pas.

Le musée de la manufacture

Le musée de Baccarat est installé dans l'ancienne demeure du directeur de la manufacture, dans la cour des Cristalleries, sur le site historique de production. Selon la présentation qu'en fait le site touristique national France.fr, on y entend le bruit des fours de la halle voisine, et les collections témoignent de plus de 250 ans d'histoire du cristal. Le parcours présente des pièces liées à de grandes commandes, notamment pour le tsar Nicolas II, l'empereur Mutsuhito du Japon ou le roi Alphonse d'Espagne, un vase créé pour l'exposition internationale de Nancy en 1909, le verre Harcourt, présenté comme l'emblème de la maison, et des créations contemporaines.

Les horaires et les tarifs changent ; il faut les vérifier auprès du musée avant de s'y rendre. D'autres lieux de la région, à Nancy, Meisenthal ou Saint-Louis-lès-Bitche, complètent la visite : voir notre sélection de musées et lieux des métiers d'art en Lorraine.

Autour du cristal : le bijou et les arts du feu

La ville ne se résume pas à sa manufacture. Le Pôle Bijou, installé dans deux bâtiments rénovés, la Taillerie et la Galerie, rue du Port, est né d'un projet lancé en 2004 pour redynamiser le territoire autour du luxe et de l'artisanat d'art ; il a été labellisé pôle d'excellence rurale en 2006, et ses bâtiments ont été rénovés entre 2007 et 2010, selon les présentations publiées. Il accueille des expositions consacrées au bijou contemporain et aux créateurs.

Baccarat a aussi accueilli, de 2010 à 2019, un festival international des métiers d'art, dont l'ancien site occupait ce nom de domaine (voir notre page À propos). En 2026, une nouvelle manifestation, présentée par la presse comme la première biennale internationale des arts du feu de Baccarat, s'est tenue les 20 et 21 juin à la Taillerie, à l'initiative d'une association locale. Ce site n'est lié à aucune de ces manifestations.

Ce qu'il faut retenir pour comprendre le verre lorrain

L'histoire de Baccarat illustre un schéma que l'on retrouve dans toute la Lorraine verrière : une implantation liée aux ressources (bois, sable, eau), une autorisation royale ou seigneuriale au XVIIIe siècle, une spécialisation dans le cristal au XIXe siècle, puis une réputation internationale construite dans les expositions. La cristallerie de Saint-Louis-lès-Bitche en Moselle, la maison Daum à Nancy ou la verrerie de Meisenthal racontent, chacune à sa manière, des variations sur ce thème. Le document « Métiers d'art en Grand Est » publié par la DRAC en 2025 cite d'ailleurs Baccarat, Lalique, Daum et Saint-Louis parmi les marques nées dans la région.

Sources