Verre & cristal en Lorraine

Daum à Nancy : de la verrerie Sainte-Catherine à la pâte de verre

Verre & cristal en Lorraine · Publié le 2026-10-27

Vase Daum de la fin du XIXe siècle en verre teinté, décoré de motifs végétaux et de fleurs de prairie, présenté au musée des Beaux-Arts de Nancy
Vase « Prairial », vers 1892. Collection Daum du musée des Beaux-Arts de Nancy. Photographie de Vassil, CC0.

Le nom de Daum est attaché à Nancy, à l'Art nouveau et à une technique : la pâte de verre. L'histoire commence pourtant par une affaire assez ordinaire, la reprise d'une verrerie en difficulté. Elle se poursuit sur plus d'un siècle, à travers plusieurs générations et plusieurs styles. Voici les grandes étapes, telles que les retrace le musée de l'École de Nancy.

1878 : une reprise plus qu'une fondation

Selon la biographie publiée par le musée de l'École de Nancy, Jean Daum (1825-1885) achète en 1878 la verrerie Sainte-Catherine, à Nancy. D'autres sources précisent qu'il avait d'abord prêté de l'argent aux propriétaires précédents, et qu'il a dû reprendre l'entreprise lorsqu'ils n'ont pu rembourser ; le musée ne détaille pas ce point. L'établissement produit alors de la verrerie courante : verres de table, flacons, objets utilitaires.

Jean Daum fait entrer ses deux fils dans l'affaire. Auguste Daum, né à Bitche en 1853, rejoint l'entreprise en 1879 ; licencié en droit, il renonce à une carrière de notaire pour diriger la verrerie, et deviendra président du tribunal de commerce de Nancy en 1904. Antonin Daum, né à Bitche le 30 octobre 1864, la rejoint en 1887, après l'École centrale de Paris. À la mort de leur père en 1885, Auguste prend la direction.

Vers 1891 : le département artistique

Le tournant se produit vers 1891, lorsque Antonin crée un département artistique au sein de la verrerie. Nancy est alors en pleine effervescence : Émile Gallé y renouvelle l'art du verre, et les industries d'art locales cherchent à rivaliser avec Paris. Daum s'entoure de collaborateurs, dont le musée cite trois noms :

La maison participe à presque toutes les expositions universelles de l'époque et obtient un grand prix à Paris en 1900. Antonin Daum est vice-président et trésorier de l'École de Nancy dès sa fondation en 1901, l'association qui fédère les artistes et industriels d'art de la ville : nous la présentons dans notre article sur l'École de Nancy.

La pâte de verre : une technique, pas un style

La pâte de verre consiste à broyer du verre en poudre ou en grains, éventuellement coloré, à le placer dans un moule, puis à le cuire jusqu'à ce que les grains fusionnent. On obtient des pièces épaisses, souvent translucides plutôt que transparentes, aux couleurs nuancées, qui se prêtent à la sculpture d'animaux ou de motifs végétaux. Contrairement au soufflage, la technique ne demande pas de travail à chaud à la canne, mais une maîtrise précise des températures et des moules.

L'arrivée d'Amalric Walter en 1904 donne à Daum une spécialité qui marquera durablement son image. La pâte de verre reste aujourd'hui un savoir-faire enseigné dans les centres de formation verrière, comme le Cerfav de Vannes-le-Châtel, que nous présentons dans notre article sur la formation aux métiers du verre.

Après 1909 : Art déco, cristal, artistes

Auguste meurt le 1er avril 1909 ; Antonin dirige seul l'entreprise jusqu'à sa mort, le 28 mars 1930. Le musée de l'École de Nancy résume ensuite les grandes périodes :

Le passage au cristal rattache Daum à l'autre grande tradition lorraine, celle de Baccarat et de Saint-Louis. Sur le sens exact du mot, voir notre article sur les dénominations du cristal.

Où voir les pièces aujourd'hui

Le musée des Beaux-Arts de Nancy, place Stanislas, présente dans ses salles en sous-sol une importante collection de verreries Daum, de l'Art nouveau à la création contemporaine ; les présentations touristiques parlent d'environ 300 pièces exposées, sur une collection de plusieurs centaines de pièces, des chiffres que nous n'avons pas pu vérifier auprès du musée lui-même. Les archives de la ville de Nancy signalent par ailleurs l'entrée du fonds historique de la manufacture Daum dans les collections municipales en 2004.

Le musée de l'École de Nancy, installé dans l'ancienne maison d'Eugène Corbin, rue du Sergent-Blandan, montre la production Daum dans le contexte de l'Art nouveau, aux côtés de Gallé, Majorelle ou Vallin. La manufacture, de son côté, n'est plus à Nancy : selon le dossier de presse du Cerfav (2023), elle est installée à Vannes-le-Châtel, village verrier du sud de la Meurthe-et-Moselle.

Vannes-le-Châtel, où travaille aujourd'hui la manufacture, est présenté par le Cerfav comme un village verrier depuis plus de 250 ans. Le centre de formation installé dans le même village enseigne d'ailleurs la pâte de verre parmi les techniques de sa plateforme, aux côtés du soufflage à la canne, du fusing ou de la taille : la technique introduite chez Daum au début du XXe siècle continue ainsi de se transmettre à quelques kilomètres de la manufacture.

Ce que cette histoire dit des métiers d'art

Daum montre qu'une maison de métiers d'art n'est pas figée : elle change de technique, de style, de matière et de lieu. Ce qui se transmet, ce sont des gestes et des ateliers, souvent portés par des collaborateurs moins connus que le nom de la marque. C'est précisément ce que cherchent à reconnaître aujourd'hui les titres individuels et les labels d'entreprise de la filière.

Sources