Lorraine des savoir-faire

L'École de Nancy (1901-1909) : quand l'Art nouveau a réuni artistes, artisans et industriels

Lorraine des savoir-faire · Publié le 2026-10-27

Bureau de dame en bois sculpté de Louis Majorelle, aux lignes courbes Art nouveau, orné de motifs de nénuphars et de ferrures en bronze
Louis Majorelle, bureau de dame « Nénuphar », vers 1900-1910. Domaine public, Wikimedia Commons.

Au tournant du XXe siècle, Nancy devient l'une des capitales européennes de l'Art nouveau. Verriers, ébénistes, ferronniers, relieurs, peintres et industriels s'y regroupent dans une association au nom révélateur : l'Alliance provinciale des industries d'art, plus connue sous le nom d'École de Nancy. Son histoire éclaire un trait durable des métiers d'art lorrains : l'alliance entre création, savoir-faire et industrie.

Une alliance plus qu'une école

Le mot « école » peut tromper : il ne s'agit pas d'un établissement d'enseignement, mais d'un mouvement organisé en association. Selon le musée de l'École de Nancy, l'Alliance provinciale des industries d'art est officiellement créée en 1901. Son objectif est de promouvoir les arts décoratifs et industriels de Lorraine, et plus largement de défendre l'idée que la province peut rivaliser avec Paris dans ce domaine.

L'association réunit des artistes et des artisans, mais aussi des entrepreneurs. C'est sa singularité : les créateurs y côtoient ceux qui dirigent des manufactures capables de produire en série, ce qui permet à l'Art nouveau nancéien d'atteindre un public plus large que les seules pièces uniques.

Les principaux acteurs

Le musée présente bien d'autres protagonistes, des verriers aux vitraillistes et aux relieurs. La diversité des métiers représentés est frappante : verre, bois, métal, cuir, textile, céramique, arts graphiques. On y retrouve une grande partie des domaines aujourd'hui inscrits sur la liste officielle des métiers d'art.

La nature comme répertoire

L'Art nouveau nancéien puise ses motifs dans la flore et la faune locales : ombelles, nénuphars, libellules, pins, chardons. Le musée de l'École de Nancy rapporte que Gallé et Daum réalisaient des vases et des objets inspirés des créations florales les plus récentes. Le bureau de Majorelle illustré en tête de cet article, décoré de nénuphars, en est un exemple dans le mobilier.

Ce goût du végétal n'est pas qu'esthétique. Il suppose des techniques exigeantes : la sculpture du bois et la marqueterie chez les ébénistes, la gravure à l'acide et la superposition de couches de couleur chez les verriers, la ferronnerie et la dinanderie pour les ferrures. L'École de Nancy a donc aussi été un formidable laboratoire de savoir-faire.

1909 : la dernière grande manifestation

Après la mort de Gallé en 1904, Victor Prouvé prend la présidence. L'activité collective se poursuit jusqu'en 1909, année de l'Exposition internationale de l'Est de la France, à Nancy : le musée la présente comme la dernière grande participation de l'École de Nancy, avec un pavillon dû à Eugène Vallin. C'est aussi pour cette exposition que la cristallerie de Baccarat crée le vase « Les Trois Grâces », aujourd'hui présenté au musée de Baccarat. Les créateurs continuent ensuite leur travail individuellement ; certaines manufactures, comme Daum, évoluent vers l'Art déco.

Le musée de l'École de Nancy

Le musée, installé au 36-38 rue du Sergent-Blandan, recrée l'atmosphère des années 1900 dans l'ancienne maison d'Eugène Corbin, un mécène du mouvement. Il présente du mobilier, des verreries, des céramiques, des reliures, des textiles et des objets d'art, ainsi qu'un jardin. Ses horaires, publiés par le musée, peuvent évoluer : à vérifier avant la visite.

À Nancy, d'autres lieux complètent le parcours : le musée des Beaux-Arts, place Stanislas, avec sa collection Daum ; la villa Majorelle ; et de nombreuses façades Art nouveau dans la ville. L'office de tourisme de Nancy publie un parcours Art nouveau. Pour aller au-delà de Nancy, notre sélection de musées et lieux des métiers d'art en Lorraine mène à Baccarat, Meisenthal, Saint-Louis-lès-Bitche, Mirecourt et Épinal.

Un héritage vivant

L'héritage de l'École de Nancy ne se limite pas aux musées. La restauration des décors Art nouveau mobilise aujourd'hui des artisans d'art : vitraillistes, ébénistes, ferronniers, doreurs. Le Cerfav de Vannes-le-Châtel signale ainsi avoir modélisé et découpé au laser un moule utilisé pour la villa Majorelle en 2013-2014. La filière lorraine continue de croiser création contemporaine et patrimoine, à l'image de la lutherie de Mirecourt ou de l'imagerie d'Épinal, deux autres savoir-faire nés dans la région et toujours pratiqués.

Nancy, toujours un pôle des métiers d'art

La tradition ne s'est pas arrêtée en 1909. Le document « Métiers d'art en Grand Est », publié par la DRAC en octobre 2025, cite plusieurs acteurs nancéiens parmi les structures réunies pour réfléchir à l'avenir de la filière : l'École nationale supérieure d'art et de design de Nancy, le service Économie créative et Tourisme de la Métropole du Grand Nancy, ou encore la Cité du Faire, tiers-lieu installé à Jarville. Comme en 1901, artistes, artisans, écoles et pouvoirs publics y cherchent les moyens de faire vivre ensemble création et savoir-faire.

Sources