Lorraine des savoir-faire

Mirecourt, capitale de la lutherie : trois siècles de violons et d'archets dans les Vosges

Lorraine des savoir-faire · Publié le 2026-10-27

Carte postale ancienne du cours Stanislas à Mirecourt : une large allée bordée de grands arbres, avec quelques promeneurs et des maisons au fond
Le cours Stanislas à Mirecourt, carte postale éditée par Paul Bougel au début du XXe siècle. CC0. Le musée de la lutherie est aujourd'hui installé cours Stanislas.

Dans une petite ville des Vosges, sur le Madon, on fabrique des violons, des altos, des violoncelles et des archets depuis des siècles. Mirecourt a fourni des instruments au monde entier, connu des heures d'industrie et des heures de déclin, avant de retrouver un rôle grâce à une école et à un musée. Voici son histoire, telle que la racontent les sources publiques.

Une tradition ancienne

La fiche du musée de Mirecourt dans la base Muséofile du ministère de la Culture le dit simplement : il existe à Mirecourt une tradition de fabrication d'instruments à cordes et d'archets depuis trois siècles au moins. Des historiens locaux font remonter cette activité au début du XVIIe siècle, en s'appuyant sur un contrat d'apprentissage de 1635 conservé aux archives départementales des Vosges ; cette date, reprise par plusieurs publications, est un repère plus qu'une date de fondation.

La lutherie de Mirecourt s'est organisée comme beaucoup d'activités artisanales lorraines : en ateliers familiaux, puis en manufactures, avec une forte division du travail. Certains ouvriers se spécialisaient dans les tables, d'autres dans les manches, les volutes ou le vernis ; l'archèterie, fabrication des archets, est devenue un métier à part. La ville a produit à la fois des instruments d'exception et des instruments d'étude en grand nombre, exportés bien au-delà de la France.

Des Vosges à Paris

De nombreux luthiers formés à Mirecourt ont ensuite fait carrière ailleurs, notamment à Paris. Le plus célèbre est Jean-Baptiste Vuillaume, l'un des luthiers français les plus renommés du XIXe siècle, originaire de Mirecourt, dont l'actuel lycée de la ville porte le nom. Cette circulation des hommes a fait de Mirecourt une pépinière : on y apprenait le métier avant de s'installer dans une grande ville, au plus près des musiciens.

Le document « Métiers d'art en Grand Est », publié par la DRAC en octobre 2025, cite « la lutherie et l'archèterie de Mirecourt » parmi les savoir-faire emblématiques de la région, aux côtés des verreries du Pays de Bitche ou des fauteuils de Liffol-le-Grand.

Déclin et renouveau

Au XXe siècle, la production industrielle d'instruments d'étude décline face à la concurrence internationale, et les ateliers de Mirecourt se raréfient. Le renouveau vient de la formation : une école nationale de lutherie est créée dans les années 1970 au sein du lycée de la ville, à l'initiative d'un luthier parisien de renom selon une source locale. Elle forme des luthiers qui s'installent ensuite en France et à l'étranger, et contribue à maintenir à Mirecourt des ateliers en activité.

La DRAC Grand Est illustre d'ailleurs son document de 2025 par une photographie de l'école de lutherie de Mirecourt, preuve que l'établissement reste un repère de la filière régionale. Les modalités d'admission et les diplômes préparés évoluent : il faut les vérifier auprès de l'établissement et de l'Onisep. Notre article sur l'École de Nancy montre un autre exemple de la manière dont la Lorraine a lié formation, création et industrie.

Le musée de la lutherie et de l'archèterie françaises

Le musée est installé cours Stanislas, à Mirecourt. Selon sa fiche Muséofile, il porte l'appellation « musée de France » au sens du Code du patrimoine depuis le 2 août 2002. Ses collections relèvent des arts décoratifs, de l'ethnologie et des techniques. Leur constitution a commencé entre 1972 et 1984, grâce à un luthier qui a réuni instruments et documents ; une association locale a ensuite élargi la collection entre 1984 et 1990, en y ajoutant notamment des instruments mécaniques, et les acquisitions se poursuivent depuis 1991.

Le musée permet de comprendre les étapes de fabrication d'un violon ou d'un archet, les outils et les bois utilisés, et l'histoire économique de la ville. Les horaires et les animations (démonstrations, visites d'ateliers) sont à consulter avant de s'y rendre.

Ce qu'on apprend en visitant

Pour aller plus loin

Les archives départementales des Vosges conservent des fonds utiles à qui veut retracer l'histoire d'un atelier ou d'une famille de luthiers. Les visiteurs qui viennent pour le musée peuvent aussi profiter des journées où des ateliers de la ville ouvrent leurs portes, en particulier lors des Journées européennes des métiers d'art, au printemps : c'est le moment de voir travailler des luthiers et des archetiers.

La lutherie, métier d'art

La facture instrumentale fait partie des domaines de la liste officielle des métiers d'art fixée en 2015, et la lutherie figure parmi les secteurs qui ouvrent droit au crédit d'impôt en faveur des métiers d'art. Elle illustre bien la définition légale des métiers d'art : un geste maîtrisé, une matière transformée, un apport artistique, ici au service du son. Pour un jeune luthier, s'installer près de Mirecourt, c'est bénéficier d'un environnement rare : des fournisseurs spécialisés, des collègues, un musée et une histoire qui attire musiciens et visiteurs.

La Lorraine compte d'autres savoir-faire nés d'une ville et d'un métier. À quelques dizaines de kilomètres, Épinal a donné son nom à une imagerie populaire mondialement connue : nous la présentons dans notre article sur l'imagerie d'Épinal.

Sources