Métiers d'art : le cadre

La liste officielle des métiers d'art : 198 métiers, 83 spécialités, 16 domaines

Métiers d'art : le cadre · Publié le 2026-10-27

Peinture du XIXe siècle : un menuisier penché sur son établi sculpte une pièce de bois dans un atelier encombré d'outils, de copeaux et de gabarits accrochés aux murs
Gustav Wentzel, Un atelier de menuisier, XIXe siècle. Musée national d'art, d'architecture et de design d'Oslo. Domaine public.

Ébéniste, verrier à la main, doreur, luthier, tapissier, graveur, brodeur, restaurateur de vitraux : en France, la frontière entre un « métier d'art » et le reste de l'artisanat n'est pas une affaire d'opinion. Elle est fixée par un texte, l'arrêté du 24 décembre 2015, qui dresse la liste officielle des métiers d'art. Voici ce qu'il contient, d'où il vient et pourquoi il compte pour qui veut ouvrir un atelier.

Une définition dans la loi depuis 2014

Pendant longtemps, les métiers d'art n'avaient pas de définition légale propre. La loi n° 96-603 du 5 juillet 1996 relative au développement et à la promotion du commerce et de l'artisanat prévoyait une section « artisans d'art » au sein du répertoire des métiers, et une liste de métiers de l'artisanat d'art, fixée en dernier lieu par un arrêté de 2003, en déterminait le champ. Cette liste de 2003 comptait 217 métiers répartis en 19 domaines, selon les travaux parlementaires de l'époque.

La loi du 18 juin 2014 relative à l'artisanat, au commerce et aux très petites entreprises, dite loi ACTPE, a modifié l'article 20 de la loi de 1996 pour donner une définition des métiers d'art. Relèvent des métiers d'art, selon ce texte, les personnes physiques et les dirigeants sociaux qui exercent, à titre principal ou secondaire, une activité indépendante de production, de création, de transformation ou de reconstitution, de réparation et de restauration du patrimoine, caractérisée par la maîtrise de gestes et de techniques en vue du travail de la matière et nécessitant un apport artistique.

Deux éléments de cette définition méritent d'être retenus. D'abord, le geste : un métier d'art suppose la maîtrise d'un savoir-faire manuel sur une matière. Ensuite, l'apport artistique : la reproduction mécanique d'un objet, même soignée, ne suffit pas. La même loi renvoie la liste des métiers concernés à un arrêté conjoint des ministres chargés de l'artisanat et de la culture.

Un arrêté attendu, publié début 2016

L'arrêté prévu par la loi a mis plus d'un an à paraître : des questions écrites de députés, en 2015, s'inquiétaient encore de son absence. Il a finalement été signé le 24 décembre 2015 et publié au Journal officiel le 31 janvier 2016. Il fixe une liste de 198 métiers et 83 spécialités, soit 281 activités au total. Selon la présentation qu'en a faite Banque des Territoires en février 2016, 39 métiers et 39 spécialités ont été ajoutés par rapport à la liste précédente.

Le changement n'est pas seulement quantitatif. L'ancienne liste parlait de métiers « de l'artisanat d'art » ; la nouvelle parle de métiers d'art, sans les cantonner au statut d'artisan. Un professionnel inscrit comme profession libérale ou affilié au régime des artistes-auteurs peut exercer un métier qui figure sur la liste. C'est ce que rappelle la fiche consacrée à l'artisan d'art par Bpifrance Création : figurer sur la liste ne détermine pas un statut professionnel.

Seize domaines organisés par marchés

La liste de 2015 regroupe les métiers en seize grands domaines, construits autour de secteurs économiques plutôt que de matières. Parmi eux, les présentations officielles citent l'architecture et les jardins, l'ameublement et la décoration, le luminaire, la bijouterie, la joaillerie, l'orfèvrerie et l'horlogerie, le métal, la céramique, le verre et le cristal, les arts du spectacle et la facture instrumentale. Les intitulés exacts des seize domaines et la répartition des métiers figurent dans l'annexe de l'arrêté, consultable sur Légifrance : c'est elle qu'il faut lire, plutôt qu'un résumé.

Ce classement a une conséquence pratique : un même matériau peut relever de plusieurs domaines. Le verre apparaît ainsi dans le domaine « verre et cristal » (souffleur, tailleur, graveur, verrier au chalumeau…), mais le vitrail touche aussi à l'architecture et à la restauration du patrimoine. Le bon réflexe : chercher son activité précise dans l'annexe.

Métier et spécialité : une distinction utile

La liste distingue des métiers et, pour certains d'entre eux, des spécialités. Une spécialité désigne une pratique particulière à l'intérieur d'un métier, souvent attachée à une technique ou à un usage précis. Cette granularité permet à des savoir-faire très rares d'exister officiellement, alors qu'ils seraient noyés dans un intitulé générique.

L'Institut pour les savoir-faire français, qui accompagne la filière, reprend d'ailleurs ce découpage en 198 métiers et 83 spécialités dans ses présentations publiques. Le document « Métiers d'art en Grand Est, enjeux et espoirs », publié par la DRAC Grand Est le 3 octobre 2025, rappelle de son côté que l'arrêté du 24 décembre 2015 reconnaît officiellement les métiers d'art comme un secteur à part entière et recense 281 métiers dits d'art.

À quoi sert la liste, concrètement

Pour un artisan, la liste n'est pas un simple répertoire culturel. Elle conditionne plusieurs droits et démarches.

Ce que la liste ne dit pas

La liste ne dit rien de la qualité d'un travail, ni du talent d'un professionnel. Elle ne fixe ni prix, ni diplôme obligatoire, et elle ne protège pas un nom de métier comme le ferait une profession réglementée. Un ébéniste n'a pas besoin d'un titre pour exercer ; il en a besoin pour se présenter comme « artisan d'art ». Elle ne règle pas non plus les questions d'installation : choix d'un local, règles d'urbanisme, accueil du public. Ces sujets relèvent d'autres textes.

Elle est enfin un document daté. Les métiers évoluent, et la filière reste un chantier de politique publique, comme l'a montré la stratégie nationale présentée le 30 mai 2023 par les ministères de la Culture et de l'Économie ; la liste de 2015 n'a pas, à notre connaissance, été refondue depuis.

Le poids de la filière

Les chiffres disponibles proviennent d'études et doivent être lus comme des ordres de grandeur. Le document de la DRAC Grand Est cité plus haut reprend l'étude nationale « Les Éclaireurs » de l'Institut pour les savoir-faire français (octobre 2024) : plus de 234 000 entreprises, 500 000 actifs dont 280 000 salariés et 60 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France pour le secteur des métiers d'art et des savoir-faire d'exception. Pour le Grand Est, le focus régional de la même étude (juin 2025) avance 16 400 entreprises et 39 200 professionnels actifs, dont 20 000 salariés, avec une forte proportion d'entreprises unipersonnelles (77 %). Le périmètre de ces études, qui inclut des « savoir-faire d'exception », est plus large que la seule liste de 2015.

Sources